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Tandis que la pluie et le mistral balaient la Croisette, le cinéaste Michael Haneke, déjà Palme d'Or en 2009, revient avec «Amour» un film magnifique sur la vieillesse et porté par Jean-Louis Trintingant et Emmanuelle Riva, exceptionnels.
De notre envoyée spéciale.
Comment exprime-t-on son amour à son compagnon quand on a 80 ans? C'est le thème pas très gai de ce nouveau film de l'Autrichien Michael Haneke. Le réalisateur avait déjà raflé la Palme d'Or sur la Croisette avec «Le Ruban Blanc» en 2009. Il revient, aujourd'hui, avec l'histoire de ce couple de musiciens à la retraite, cultivés, qui profite des plaisirs de la vie. Georges (Jean-Louis Trintignant) et Anne (Emmanuelle Riva) voient leur quotidien basculer quand un AVC paralyse Anne. Refusant l'hôpital, Georges prend soin de sa femme, peu aidé par sa fille Eva (Isabelle Huppert) perdue face à ses parents qu'elle ne reconnaît plus. Filmé avec justesse, dans une économie de mots et de décors, on assiste à cette lente déchéance d'un couple face à la mort et à la maladie. Le réalisateur ne nous épargne rien: ni les couches culottes, ni les râles de douleurs lancinants, ni le corps qui se déforme. «"Pas de sentimentalité, pas de ton pleurnichard", nous a demandé Michael (Haneke NDLR)», explique Emmanuelle Riva, époustouflante. La comédienne d'«Hiroshima mon amour» d'Alain Resnais avait monté les marche en 1959. Hasard de la programmation, elle croisera le réalisateur vannetais, aussi à Cannes pour son nouveau film...
Le retour de Jean-Louis Trintignant au cinéma
Préférant le théâtre, Jean-Louis Trintignant avait fait ses adieux au cinéma dans les années 2000. «Je suis revenu pour Michael, pour l'histoire qu'il me proposait. Le tournage était très douloureux, mais très beau. Tourner avec lui était un grand bonheur, mais je ne le vous conseille pas», lance l'acteur d'un air cabot, visiblement ravi d'être là malgré quelques difficultés à se déplacer. Interrogé sur la violence inhérente à chacun de ses films, Haneke la réfute: «Je dois me défendre de cette opinion, la violence c'est comme l'amour, ce sont des sentiments que je dois rendre de manière efficace». Il affirme s'être surtout appliqué à faire un film qui ne dénonce rien de notre société, mais traite de cette question difficile: «Comment gérer la souffrance?». Projeté dans une salle bondée, sur une Croisette balayée par des vents violents, «Amour» a été longuement applaudi par un public qui estime avoir vu le meilleur film d'un cinéaste sans concessions, mais ô combien talentueux! Une deuxième Palme d'Or?
«Amour» de Michael Haneke sortira le 24octobre.