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Jérémy Chardy défiera la nuit prochaine l'Ecossais Andy Murray en quarts de finale de l'Open d'Australie. Avec une nouvelle surprise à la clé pour le Français ?
Grand écart. Jérémy Chardy a mis cinq ans avant de revivre un 8e de finale en Grand Chelem. Entre Roland-Garros 2008 et l’Open d’Australie 2013, voguant entre frustration et déception, le joueur inspiré au talent capricieux n’a que trop rarement laissé gicler de sa raquette ses coups bondissants. Sorte d’Henri Leconte droitier, l’enfant de Boeil-Bezing (à 16 km de Pau) n’a cette fois pas laissé fuir sa chance. La décompression était pourtant redoutée au lendemain de l’exploit (6-3, 6-3, 6-7, 3-6, 6-3) face à Juan Martin Del Potro, qui résumait ce que le circuit pense du Français: «On sait tous que Jérémy est dangereux. Mais on sait aussi tous qu’il peut avoir beaucoup de hauts et de bas.»
Larges coups droits giflés, mouvements d’ampleur, sa marque de fabrique, le no 4 français, 25 ans, a laissé s’exprimer sa créativité pour réciter la continuité sans s’égarer et dominer l’Italien Andreas Seppi (tête de série no 21) 5-7, 6-3, 6-2, 6-2. Il vivra mercredi son premier quart de finale en Grand Chelem face à Andy Murray (qu’il a battu une fois en cinq matchs), vainqueur sans effort d’un Gilles Simon usé par son marathon (5 sets et près de 5 heures contre Gaël Monfils).
Prêt à enrichir l’histoire des Français qui aiment à bousculer la hiérarchie sous le soleil brûlant du premier tournoi du Grand Chelem de la saison. Comme Nicolas Escudé, demi-finaliste en 1998, Amélie Mauresmo, finaliste en 1999 (et gagnante en 2006), Arnaud Clément, finaliste en 2001, ou Jo-Wilfried Tsonga, finaliste en 2008.
L’Open d’Australie, une source d’inspiration et d’épanouissement dont le 36e joueur mondial profite sans modération. Chardy et son étiquette encombrante, celle d’un talent à éclipses. Doué au point d’être rapidement affublé du titre de cinquième homme du tennis français, le Béarnais, qui remporta Wimbledon dans la catégorie juniors en 2005, a longtemps emprunté des chemins de traverse et signé des performances sans lendemain.
Il fut ainsi le sauveur de l’équipe de France de Coupe Davis au printemps 2011, quand Guy Forget, privé de ses leaders Jo-Wilfried Tsonga, Gaël Monfils et Richard Gasquet, misa sur le talent capricieux d’un joueur aux ailes coupées par six éliminations successives au premier tour. Dans un hangar de l’aéroport de Vienne, l’élégant serveur dompte l’émotion d’une première sélection bleue, ligote l’adversité. Chardy, illustration de son inconstance, n’a plus revêtu le polo bleu depuis. Longtemps perturbé par des tourments.
Il fut 31e au classement mondial en novembre 2009 avant de disparaître, de chuter au-delà de la 100e place (133e en octobre 2011). Miné par la séparation brutale et conflictuelle, litige financier tranché et perdu devant les tribunaux face à Frédéric Fontang, ce second père qui le forma et l’accompagna douze ans durant. Avant de trouver refuge, second souffle et ambition à l’Académie Mouratoglou. 2012 marquait ainsi le regain avec des succès remplis de promesses contre Jo-Wilfried Tsonga à Toronto et Andy Murray à Cincinnati. Relancé. Prêt à récolter les fruits au plus haut niveau. Encadré par un jeune coach, Kerei Abakar, profitant des conseils ponctuels et protecteurs de Serena Williams ou Martina Hingis, comme lors du stage de l’intersaison planté sur l’île Maurice.
Radieux, Jérémy Chardy confie son plaisir de jouer, de gagner. Sans oublier les douleurs et les épreuves endurées : «L’Académie m’a beaucoup aidé. Les gens là-bas me poussaient à l’entraînement chaque jour, même si je n’avais pas de résultats. Aujourd’hui, je suis récompensé. C’est encore plus beau après tout ce que j’ai traversé.» Jo-Wilfried Tsonga, Richard Gasquet, Julien Benneteau, Michaël Llodra et Jérémy Chardy (remplaçant) ont été retenus par le capitaine Arnaud Clément pour affronter Israël (1-3 février) au 1er tour de la Coupe Davis.