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LE PLUS. Les conducteurs de taxi ont manifesté ce 10 janvier contre la loi de financement de la Sécurité sociale 2013, qui a introduit des procédures d'appels d'offres pour le transport des malades, et ce dans un but d'économie. Mais cette modification de la loi met-elle leur métier en péril ? Réponse de Bruno Martin, qui dirige une entreprise de taxis et d'ambulances en province.
Même s’il s’agit de transport, être artisan taxi ou ambulancier, ce n’est pas tout à fait le même métier. Bien sûr, les taxis aussi peuvent transporter des malades. Dans les deux cas, il s’agit d’un transport assis. Mais la prestation VSL (véhicule sanitaire léger) se différencie de celle du taxi conventionné par l’assurance maladie ne serait-ce que par la formation du conducteur.
Véhicule agréé, trousse de premiers secours et formation
Pour conduire un VSL, le personnel doit être qualifié et avoir suivi une formation de 15 jours, dont le coût est de 750 euros. Il doit aussi s’agir d’un véhicule agréé par l’Agence régionale de santé, dans lequel se trouve une trousse de premiers secours. Le taxi, lui, doit seulement avoir son brevet national de secourisme et disposer d’une trousse de secours loin d’être aussi complète. Sa formation existe, mais est-elle suffisante ?
Si le transport se passe bien, que l’on soit dans un taxi ayant un permis de pratique hospitalière ou une ambulance, l’accompagnement sera de même qualité. Sauf que le taxi déposera la personne devant l’hôpital, comme lors d’une course classique. Tandis que l’ambulancier accompagnera le malade dans le service. Et a été formé à transférer le patient de la voiture à un fauteuil roulant ou un chariot.
Mais en cas d’urgence, si l’on s’occupe d’une personne qui revient de sa dialyse et que la fistule se met à saigner fort, je me demande comment le conducteur de taxi trouvera le point de compression. Idem si son client fait un malaise : la seule chose qu’il pourra faire, c’est le mettre en position latérale de sécurité, appeler le 15 et attendre des renforts.
Et il ne s’agit pas de se préoccuper que de la santé du malade. Celle des conducteurs est aussi en jeu : lors du transport de personnes contagieuses, le conducteur de taxi est habillé normalement, alors qu’en VSL nous avons des gants, une blouse, un équipement de protection.
Trou de la Sécu vs gagne-pain des taxis et ambulanciers
Dans mon entreprise, nous proposons les deux services : ambulances / VSL et taxi agréé. Le tarif kilométrique n’est pas le même : nous roulons à 0,83 euro en VSL tandis que le taxi est passé à 1 euro cette année, suivant une hausse de +2,6%. Moi, j’ai deux casquettes. Et il est évident que je propose aussi le transport qui me rapporte le plus.
Ce qui contribue à creuser le trou de la Sécu fait vivre les taxis ambulanciers. Et le ministère de la Santé ne peut pas réguler la hausse du tarif des taxis. Alors la Sécurité sociale tente de faire des économies en limitant les remboursements.
Le fait que les hôpitaux doivent dorénavant attribuer les transports médicalisés en suivant des appels d’offres et en favorisant les VSL, moins chers à la Sécurité sociale, pour les entrées et sorties d’hôpitaux ne m’inquiète pas outre mesure. C’est d’ailleurs pour cela que je ne fais pas grève. Mais je comprends les craintes des conducteurs de taxi.
Ce sont souvent les transports médicaux, en pleine campagne et parfois même en ville, qui font vivre les petits taxis. Pour trois transports payants, comme une course ou un aller à la gare, le taxi fera sept transports médicalisés. C’est brutal dit comme ça, mais une dialyse, c’est trois allers et retours par semaine et ça permet à un conducteur de faire du rendement.
Quant au déficit de la Sécurité sociale, il faut relativiser. Le budget ambulance ne doit pas dépasser 5% du budget global de la Sécurité sociale. Qu’est-ce qui coûte le plus cher : une course de taxi à 13 euros pour aller à l’hôpital ou les 1500 euros dus au fait qu’une personne reste un jour de plus hospitalisée parce qu’il n’y a pas assez d’effectifs pour signer son bulletin de sortie ?