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"Nous allons devoir trouver le moyen de coexister avec des rebelles contre lesquels nous nous battions hier, cela complique extrêmement notre tâche", souligne un haut responsable de l'ONU, qui n'exclut pas à terme une révision du mandat de la Mission des Nations unies pour la stabilisation de la RDC (Monusco), si les choses tournent mal. A peine Goma tombait aux mains du M23 que Paris réclamait d'ailleurs ce réexamen : "Déployer 17 000 hommes et fixer un mandat qui ne permet pas d'intervenir, c'est absurde", a estimé le ministre des affaires étrangères, Laurent Fabius. Le projet de résolution défendue par la France, qui condamne la prise de Goma, a été adopté à l'unanimité quelques heures plus tard par le Conseil de sécurité. Le texte demande au secrétaire général Ban Ki-moon de réévaluer les besoins de la Monusco sur le terrain, notamment en matière de contingents, et de soumettre un rapport "dans les prochains jours".
En 1996 et 1998, Goma avait été occupée par des rébellions appuyées par le Rwanda. Il y a quatre ans, celle menée par Laurent Nkunda s'était arrêtée aux portes de la ville après avoir fait fuir l'armée. "Nous assistons au même scénario depuis des années pour une raison simple : l'échec du gouvernement congolais à restaurer l'autorité de l'Etat dans l'est du pays", selon une source diplomatique.
L'ONU A POUR MANDAT DE "PROTÉGER LES CIVILS"
En 2008, la mission de l'ONU de l'époque, la Monuc, n'avait pas plus lancé de contre-offensive que la Monusco aujourd'hui. Car le mandat des casques bleus déployés en RDC, qui comprend 41 tâches, "n'est pas de prendre parti dans la guerre civile", rappelle l'ambassadeur de France Gérard Araud, mais de "protéger les civils". A Goma, l'ONU fait état d'enlèvements d'enfants et de femmes. La Monusco est supposée intervenir "en soutien" de l'armée congolaise, pas pour la remplacer, insistent l'Inde, le Pakistan et l'Afrique du Sud, les trois principaux pays contributeurs de troupes déployées au Nord-Kivu.
Donner aux casques bleus un mandat de contrôle des frontières est à l'étude, mais cela signifierait une augmentation de leur nombre, qui s'élève déjà à 17 000 pour toute la RDC, soit la plus importante mission de maintien de la paix. La résolution, qui appelle à des sanctions contre deux chefs rebelles du M23, Baudouin Ngaruye et Innocent Kaina, et demande l'arrêt immédiat de tout soutien extérieur au mouvement rebelle, se veut une mise en garde à l'adresse du gouvernement rwandais, accusé par l'ONU et Kinshasa d'appuyer le M23. Entre les lignes seulement, car les Etats-Unis étaient, selon un diplomate, "vent debout" contre l'idée de dénoncer le Rwanda, leur allié, qui siégera au Conseil de sécurité à partir de janvier en tant que membre non permanent et pour deux ans.
Les Américains ont également bataillé contre la mention de responsables rwandais soupçonnés d'aider le M23 et susceptibles d'être visés par des sanctions. "Si le Conseil de sécurité veut réellement protéger les civils de Goma, il doit envoyer un message beaucoup plus clair à Kigali. On peut s'étonner du silence des Etats-Unis sur ce point, en dépit de leur influence sur le Rwanda", fait remarquer Philippe Bolopion, directeur du plaidoyer auprès de l'ONU de Human Rights Watch.
Dans son dernier rapport, qui devait être rendu public à la fin du mois mais a fait l'objet de fuites, le groupe d'experts de l'ONU nommé en juin pour contrôler l'application de l'embargo sur les armes, affirme que Kigali non seulement "soutient" les rebelles congolais, mais "est aux commandes du M23". Des accusations réfutées catégoriquement par le Rwanda.
Pour tenter d'empêcher toute mise en cause de la bonne foi de ces experts, la France a introduit dans sa résolution une demande à Ban Ki-moon de rendre au plus vite un rapport sur les allégations de soutiens extérieurs au M23. Il reviendra ensuite au Conseil de sécurité de prendre "des mesures appropriées ".