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Serait-ce le signal d'un régime aux abois, prêt aux pires extrémités pour se maintenir au pouvoir ? Selon un haut responsable américain, interrogé lundi 3 novembre par l'AFP, les autorités syriennes ont entamé les manipulations nécessaires à la militarisation du gaz sarin. "Plusieurs indices nous laissent penser qu'ils sont en train de mélanger des précurseurs chimiques", a affirmé cette source, évoquant le sarin, un puissant neurotoxique qui provoque une paralysie complète, suivie de convulsions et de mort par asphyxie. Ses composants sont généralement stockés séparément pour éviter tout accident. Le fait de les assembler marque une étape majeure vers un usage militaire. Il suffit ensuite de placer un échantillon de ce gaz dans une bombe, un obus de char ou sur la tête d'un missile.
Lundi, Washington, qui piste depuis des mois tout mouvement suspect dans l'arsenal chimique syrien, a une nouvelle fois mis en garde Damas contre la tentation de recourir à ce type d'armes. Les Etats-Unis sont "inquiets à l'idée qu'un régime de plus en plus assiégé (...) réfléchisse à l'utilisation d'armes chimiques contre les Syriens ", a affirmé un porte-parole de la Maison Blanche, tandis que la secrétaire d'Etat, Hillary Clinton, traçait "une ligne rouge" et que le président Barack Obama évoquait "des conséquences" si le régime se risquait à la franchir.
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En réaction, la Syrie a déclaré que, dans l'hypothèse où elle posséderait ce genre d'armes, elle n'en ferait pas usage contre son peuple, "quelles que soient les circonstances, car elle est en train de défendre son peuple". En juillet, le pouvoir syrien avait néanmoins reconnu qu'il possédait un tel arsenal, en assurant, dans un communiqué de son ministère des affaires étrangères, qu'il n'en fera usage qu'"en cas d'agression extérieure". Une formule particulièrement ambiguë, dans la mesure où Damas se plaît à présenter l'actuelle insurrection comme un complot de l'étranger.
Constitué à partir des années 1970, considéré comme l'un des plus importants du Moyen-Orient, le stock d'armes chimiques syrien est composé de gaz sarin, d'agent VX - une version plus létale du sarin - et de gaz moutarde. Au mois d'août, le chef de la diplomatie française, Laurent Fabius, avait déclaré que si les autorités de Damas se décidaient à y recourir, la réponse internationale serait "immédiate et fulgurante".
Cette montée de tensions intervient au moment où le régime Al-Assad accumule les revers, tant en interne que sur le terrain, face aux rebelles. Son principal porte-parole, Jihad Makdissi, rattaché au ministère des affaires étrangères, a quitté son poste et s'est installé à Londres, a-t-on appris lundi, de sources convergentes. En l'absence de déclarations de l'intéressé, il n'est pas possible de savoir si son départ équivaut à une défection, comme le laisse entendre une partie de l'opposition syrienne, ou bien s'il est le produit d'une simple disgrâce. Le fait que M. Makdissi ait quitté la région par l'aéroport de Beyrouth, où le pouvoir syrien dispose de nombreux indics, incite à privilégier la seconde hypothèse.
Sur le terrain, les combats se sont poursuivis en lisière de Damas, objet d'un intense pilonnage de l'armée, qui cherche à empêcher les rebelles d'encercler la capitale. L'opposition a affirmé lundi avoir abattu un nouvel avion de chasse syrien, qui bombardait la Ghouta, la palmeraie entourant Damas. La semaine dernière, déjà, deux aéronefs avaient été détruits en vol, au moyen de missiles sol-air, prélevés dans les stocks de la base 46, près d'Alep, dont les rebelles se sont emparés il y a deux semaines.
L'ONU a annoncé lundi le retrait de Syrie de tout son personnel "non essentiel". Selon Nabil Al-Arabi, le secrétaire général de la Ligue arabe, le régime Assad peut désormais tomber "à n'importe quel moment".