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Mardi, des dizaines de milliers de manifestants se sont réunies place Tahrir. K. HAMRA / AP / SIPA
Même son prédécesseur, Hosni Moubarak, chassé du pouvoir en février 2011 par la « révolution du Nil », n'avait pas été jusque-là. Le président égyptien Mohamed Morsi, issu des Frères musulmans, s'est arrogé tous les pouvoirs par un décret publié jeudi, le plaçant au-dessus de la loi.
Cette décision – survenue alors que Morsi venait d'être félicité par Washington pour sa médiation réussie dans le conflit au Proche-Orient – a déclenché la colère de ses opposants, qui redoutent de voir l'Egypte renouer avec l'autoritarisme. Mardi, des dizaines de milliers de manifestants se sont réunies place Tahrir pour la cinquième journée consécutive, afin de réclamer l'abrogation du décret. C'est la plus forte mobilisation depuis l'élection de Morsi en juin. « Il s'est mis tout le monde à dos. Il a même ligué contre lui l'opposition non islamiste, jusqu'ici divisée », note Stéphane Lacroix, professeur à Sciences-Po Paris.
C'est la troisième fois que Mohamed Morsi tente un coup de force. En juillet, il avait été accusé de « coup d'Etat constitutionnel » en annulant la dissolution de l'Assemblée. Jeudi, il a tenté de limoger le procureur général d'Egypte. Les deux fois, il a fini par faire marche arrière. Le fera-t-il à nouveau ? « On verra. Cela dépend de l'importance des manifestations, et de la réaction des magistrats. C'est un rapport de force. Mais s'il maintient le décret, le peu qu'il restait de la révolution aura définitivement disparu », estime Jean-Noël Ferrié, chercheur au CNRS.
De son côté, Morsi réfute toute dérive autoritaire. Il argue que ce décret est nécessaire pour accélérer la transition démocratique, et provisoire, avant l'adoption de la future Constitution, elle-même controversée –, puisque selon le projet actuel, la charia deviendrait un texte de loi et plus seulement des valeurs générales. L'armée, elle, observe pour l'instant le silence. « Elle n'interviendra que si cela dégénère », estime Stéphane Lacroix, jugeant la situation « très incertaine ».