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Les tensions persistent en Birmanie, suscitant l'inquiétude

Des pompiers tentent d'éteindre un incendie, le 22 mars à Meiktila. Une querelle entre un couple bouddhiste et des commerçants musulmans serait à l'origine des affrontements.

 

A Meiktila, le 22 mars. Des quartiers entiers de la ville et plusieurs mosquées sont partis en fumée.

 

Un bonze passe devant une mosquée en flammes, le 21 mars. La presse officielle a fait état de la mort d'un membre du clergé bouddhique.

 

La brutale flambée de violences entre bouddhistes et musulmans, la plus grave depuis celles survenues l'an dernier dans l'ouest du pays, a débuté mercredi 20 mars à Meiktila par une querelle entre un vendeur musulman et des clients. Depuis, des quartiers entiers de la ville et plusieurs mosquées sont partis en fumée. Et les rues de la ville étaient parcourues vendredi par des groupes d'émeutiers armés de bâtons et de couteaux, après une deuxième nuit consécutive sous couvre-feu.

 

Le dernier bilan, de source policière, s'élevait à 20 morts. "Beaucoup de gens ont été tués. On ne sait pas exactement combien. Nous avons peur et essayons de rester en sécurité à la maison", a indiqué par téléphone un résident.

 

Vendredi, un groupe de journalistes a été menacé par des moines bouddhistes et des jeunes hommes armés de couteaux et de bâtons, qui les ont forcés à remettre les cartes mémoire de leurs appareils photos. A la mi-journée, certains d'entre eux ont pu quitter la ville après avoir été pris en charge par les forces de sécurité. Quasiment tous les passants, homme ou femme, étaient armés de couteaux ou de bâtons dans un quartier d'où, selon les résidents, les musulmans ont déjà pris la fuite. Le bilan total reste inconnu. "Les émeutes se poursuivent ici et là. Il y a aussi des pillages", a indiqué Win Htein, précisant que des centaines de musulmans avaient été regroupés dans des lieux sûrs.

 

La communauté internationale a pris la crise très au sérieux, quelques mois seulement après les violences entre bouddhistes de l'ethnie rakhine et musulmans de la minorité apatride des Rohingyas, qui avaient fait plus de 180 morts et 115 000 déplacés dans l'Etat Rakhine. L'ONU a appelé au calme et l'ambassadeur américain, Derek Mitchell, a fait part de ses inquiétudes à de hauts responsables birmans.

 

Londres, ancienne puissance coloniale, est elle aussi intervenue. "J'appelle toutes les parties à un arrêt immédiat des violences et exhorte le gouvernement à prendre toutes les mesures nécessaires pour protéger les civils et [...] s'attaquer à l'hostilité" à l'origine de cet embrasement, a déclaré le secrétaire d'Etat aux affaires étrangères, Alistair Burt.

 

"Il y a un véritable risque de nouvelles violences, à moins que les autorités ne prennent des mesures immédiates pour protéger ceux qui sont en danger", a estimé de son côté Isabelle Arradon, d'Amnesty International. Ces incidents surgissent dans un contexte de grande tension communautaire. Les violences de 2012 dans l'Etat Rakhine, qui ont déclenché un exode de réfugiés rohingyas en Asie du Sud-Est, ont mis en lumière un racisme profondément inscrit dans une importante frange de la société, qui considère le bouddhisme comme partie intégrante de la culture nationale.

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