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Nées de la répression des mouvements paysans, dans le sillage de la guerre froide et de la révolution cubaine, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) sont le plus ancien mouvement de guérilla d'Amérique latine. Retour sur leur histoire à l'occasion de la sortie du film "Operacion E" le 28 novembre.
Depuis 1948, l'histoire de la Colombie est marquée par des épisodes d'extrême violence. Après l'assassinat de Jorge Eliecer Gaitan, candidat populaire à l'élection présidentielle, le pays bascule dans la guerre civile puis dans une dictature militaire jusqu'en 1958. Des maquis paysans d'inspiration communiste s'organisent dans les zones les plus reculées de la cordillère des Andes.
L'offensive militaire de grande envergure lancée contre une poignée de paysans en armes à Marquetalia, en 1964, avec l'aide des Etats-Unis, et les semaines de résistance qui s'ensuivent constituent l'acte fondateur des FARC, Forces armées révolutionnaires de Colombie. Les milices paysannes se transforment en guérillas mobiles, luttant pour la réforme agraire et la réduction des inégalités sociales. Manuel Marulanda, fondateur et chef historique des FARC , surnommé Tirofijo "qui tire dans le mille", a survécu plus d'un demi-siècle dans le maquis où il est mort, de mort naturelle en 2008, à près de 80 ans. D'origine paysanne, "instigateur de la violence armée", selon le gouvernement colombien, "grand guerrier qui a raté toutes les occasions de faire la paix" selon un sénateur de gauche, Marulanda est parvenu à médiatiser une organisation qui, au plus fort de sa puissance, comptait moins de 20.000 combattants.
Le business des enlèvements et le narcotrafic
La conquête militaire de territoires est financée par "l'impôt révolutionnaire" et le négoce juteux des enlèvements contre rançon. A partir des années 80, c'est l'argent de la drogue qui permet aux FARC de moderniser leur arsenal et d'affronter les milices paramilitaires et l'armée colombienne. Dans le nord du pays, les guérilleros soumettent les narcos à "l'impôt de guerre" ou louent leurs services pour protéger les cultures illicites. Les FARC deviennent partie prenante du trafic de drogue tout en continuant à se définir comme un mouvement d'autodéfense paysanne. Le pays est alors soumis à une véritable contre-réforme agraire, les narcotrafiquants ayant acquis d'immenses domaines, souvent avec la complicité de l'armée et des autorités locales.
Une guérilla affaiblie
A son arrivée au pouvoir en 2002, le président Alvaro Uribe annonce une guerre totale contre les FARC, considérées comme organisation terroriste par les Etats-Unis et l'Union européenne. Avec le soutien militaire et financier du grand voisin nord-américain, il parvient à marginaliser la guérilla dont les effectifs diminuent de moitié en dix ans, pratique des assassinats ciblés contre ses leaders, dont Raul Reyes, abattu en Equateur en 2008.
Les FARC, dont les tentatives de transformation en force politique ont échoué jusqu'à présent, se déclarent prêtes à négocier avec le nouveau président colombien, Juan Manuel Santos, plus conciliant. En février 2012, la guérilla annonce la fin des enlèvements contre rançon ; en avril, elle libère les dix derniers policiers et militaires tenus en otages. Le processus de paix engagé en octobre à Oslo, sous l'égide du Venezuela, de Cuba, du Chili et de la Finlande, s'annonce ardu mais prometteur.