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Qui veut la cutané de l'euro ?

http://db3.stb.s-msn.com/i/84/2087F3B1A5CA11389FBEDE1F7FA2BB.jpgL'idée s'est installée avec une stupéfiante légèreté : tous comptes faits, la Grèce ferait mieux de sortir de l'euro. Cette perspective qui effrayait il y a quelques mois encore les grands acteurs financiers privés européens - banques et assurances -ne les angoisse plus. Et pour cause : ils ont abandonné une très grande part de leurs créances sur la Grèce. Ce qui reste de « risque grec » dans leurs comptes est gérable. Que la Grèce sorte et tout ira mieux !

 

L'idée paraît d'autant plus séduisante qu'elle aurait le mérite de corriger une aberration : Athènes n'avait rien à faire dans une zone monétaire mal taillée pour elle. Elle y est entrée par effraction tandis que les dirigeants européens de l'époque - Jacques Chirac et Lionel Jospin pour la France -regardaient ailleurs, aveuglés par leur grand rêve « d'élargissement ». Nous n'avons pas fini de payer la trace qu'ils ont voulu laisser dans l'histoire !

Le malheur est que ce scénario de sortie de la Grèce ignore totalement l'état de fragilité de l'Europe et de son secteur financier et supposerait la mise en place préalable de mécanismes fédéraux qui, aujourd'hui, n'existent pas. En clair, faute d'avoir imaginé ce scénario, nous ne disposons pas des outils pour faire face au séisme qu'il produirait.

 

Séisme, parce qu'un tel événement changerait instantanément la nature de la zone euro. Au lieu d'être définitive et sans retour, l'appartenance de chaque pays deviendrait optionnelle. Pour chaque Etat membre, il existerait alors un « point de rupture » que les marchés financiers iraient aussitôt tester. Au lieu d'être une union monétaire dans laquelle chaque pays renonce pour toujours à sa monnaie nationale, la zone euro ressemblerait davantage à un groupe de pays liés par des parités de change fixes. Bref, une construction pouvant à tout moment être remise en cause. Et réduite en cendre.

 

 

Séisme ensuite, parce que le système bancaire européen est incapable de faire face au risque d'effondrement de la confiance des déposants sur l'ensemble du continent. Pour éviter un tel cataclysme, au moins deux révolutions sont nécessaires : la Banque centrale européenne doit s'engager à jouer un rôle de prêteur en dernier ressort aux Etats et un mécanisme de garantie des dépôts doit être mis en place pour toute la zone euro car les Etats n'ont plus les moyens d'assurer cette protection. A l'évidence, ces révolutions ne sont pas à portée de main. Mais imaginer que la Grèce pourrait, aujourd'hui, sortir de l'euro sans trop de dommages est irresponsable.

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