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Le Point.fr - Publié le 07/10/2012 à 11:14 - Modifié le 07/10/2012 à 15:57
Tonnerre, stupeur, tremblements. On attendait un feu d'artifice, on sursaute tout de même et pousse un cri à la première pétarade - une explosion terrible, qui semble ébranler jusqu'aux façades. Des serpents de feu filent vers le ciel dans un sifflement strident, un voile de fumée jaune couvre le quai de Wault. Puis deux yeux luminescents sortent du brouillard qui se disperse et apparaît la tête d'un âne d'acier, qui se met à danser et entraîne la foule en cortège après lui.
Gai, beau, inquiétant par endroits : la parade de Lille ouvrait samedi Fantastic et donnait le ton du festival, qui couvrira toute la saison culturelle de la métropole lilloise jusqu'à janvier 2013. La maire socialiste de la ville, Martine Aubry, n'a cessé de le répéter, l'événement se veut une grande fête populaire dans laquelle chacun puisse entrer, un voyage collectif dans l'irréel et le merveilleux porté par une programmation de haute qualité. "La culture n'est pas un luxe dont on devrait se débarrasser en période de disette", affirmait-elle encore samedi en lançant les festivités au côté de Jean-Marc Ayrault. Et d'insister : "Rêver le monde ne veut pas dire tourner le dos à la réalité. Il n'y a rien de mieux que les artistes, et notamment les artistes contemporains, pour nous amener à nous interroger sur notre société." Le Premier ministre, lui, ne tarissait pas d'éloges sur le projet lillois - jusqu'à le citer en exemple à Marseille, prochaine capitale européenne de la culture.
Car tout vient de là : en 2004, c'est Lille qui était désignée, et la capitale des Flandres cherche depuis à prolonger l'élan né de ce premier vaste projet. Fantastic prend ainsi la suite de Bonbaysers de Lille (2006) et d'Europe XXL (2009). Cette fois, plus de 800 événements sont organisés : des expositions, des concerts, des spectacles, en plus de 25 "métamorphoses urbaines" qui viennent transfigurer la ville. Un "nuage de mer" accueille le voyageur à la sortie de la gare Lille Europe, une soucoupe volante au bout du quai de Lille Flandres. On découvre au coin d'une rue un terrain de football entièrement bosselé, à l'angle d'une autre la "maison tombée du ciel", sens dessus dessous, de Jean-François Fourtou. Au Tripostal s'exposent les univers étranges de plasticiens contemporains, au palais des Beaux-Arts les monstres de Bosch et Bruegel... "L'idée est belle, mais il reste difficile d'amener à l'art les populations les plus défavorisées, juge un bénévole un brin dubitatif. Ce sont surtout les Lillois, et les plus aisés d'entre eux, qui risquent d'en profiter."
Samedi du moins la fête était-elle collective, et les rues bondées. La foule acclame Surrational, le géant jaune et échevelé imaginé par le performeur américain Nick Cave. On suit le défilé des fantômes jaunes, verts, bleus, roses et orange de Jean-Charles de Castelbajac - qui a recruté sur place ses mannequins. Entre deux fanfares avancent les créatures des Plasticiens volants - des dragons et des monstres gonflables, poétiques et colorés, qui tantôt haussent le cou vers les plus hauts balcons, tantôt frôlent les spectateurs. Les gamins effrayés trépignent et hurlent d'excitation. On s'est costumé pour l'occasion : ici un roi des Elfes, là un superhéros. Une fois le défilé terminé, on danse à la Grand'Place sur l'électro de Mr Nô et APM001 quand, plus loin, l'orchestre national de Lille accompagne de nouveaux feux d'artifice.
"C'est important de réunir dans la rue toutes les générations", souligne Annie, 63 ans, avant de détailler les mérites comparés des parades d'ouverture dont Lille s'est fait une spécialité. Les créatures de Fantastic, les éléphants de Bonbaysers, les anges et les démons d'Europe XXL ? Pour un moment au moins, la beauté est chose acquise.